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Lundi 19 mars 2012 1 19 /03 /Mars /2012 09:48

resizeimage  Sang pour sang exclus

L’interdiction faite aux gays de donner leur sang est de plus en plus contestée, mais elle persiste en raison d’une prévalence du VIH plus élevée dans cette catégorie de la population.

Ils étaient une poignée à braver le froid glacial, place de la République à Lyon, le 18 janvier dernier. Une poignée de militants de l’association Pourquoi Sang Priver, défiant les camions de l’Établissement Français du Sang (EFS) pour réclamer la levée de l’interdiction de don du sang faite aux homosexuels. Depuis 1983, tout homme ayant eu, même une seule fois et il y a très longtemps, un rapport sexuel avec un autre homme, se voit fiché à vie par l’EFS et interdit de don. Les lesbiennes ne sont théoriquement pas concernées par cette interdiction, mais, selon l’Enquête sur la lesbophobie publiée en 2008 par l’association SOS Homophobie, il est fréquent que leur sang soit également refusé par des médecins trop zélés. Cette exclusion peut paraître à première vue surprenante, étant donné les pénuries de sang fréquentes dont se plaint l’EFS. Mais elle repose en réalité sur des statistiques qui montrent une prévalence du VIH beaucoup plus élevée parmi les homosexuels masculins que parmi les hétérosexuels : 758 cas pour 100 000 individus chez les gays contre… 6 pour 100 000 chez les hétéros, selon une étude réalisée en 2010 par l’Institut de veille sanitaire (InVS). Mais cet argument ne convainc guère Geoffrey Léger, pour qui ces données ne sont pas fiables car collectées majoritairement dans les milieux de la prostitution et sur les lieux de drague. En 2009, ce jeune Lyonnais de 24 ans a porté plainte contre le ministère de la Santé au Tribunal administratif de Strasbourg. Bien qu’il soit défendu par Me Caroline Mécary, une avocate qui a déjà beaucoup œuvré contre les discriminations juridiques envers les personnes LGBT, il n’a toujours pas obtenu d’audience, deux ans après le dépôt de plainte. Quant à la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL), interrogée sur la légalité du fichage à vie des homosexuels par l’EFS, elle lui a répondu qu’elle n’y trouvait rien à redire…

 

«Populations à risques» ou «pratiques à risques» ?

Chez AIDES, au contraire, on est beaucoup plus réticents face à une éventuelle levée de l’interdiction. La plus vieille (et principale) association française de lutte contre le sida reconnaît que l’exclusion des homosexuels est discriminatoire mais assure que ce ne sont pas les personnes qui sont en cause, seulement la qualité du «produit» sanguin. Là encore, le souvenir du scandale du sang contaminé hante tous les esprits. Mais pour Dominique Baudis, Défenseur des Droits chargé des missions auparavant dévolues à feu la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité (HALDE), plutôt que d’exclure des «populations à risque» comme les homosexuels masculins (mais aussi les personnes ayant séjourné plus d’un an cumulé au Royaume-Uni entre 1980 et 1996, par exemple), mieux vaudrait parler de «pratiques à risques». Un hétérosexuel qui accumule les conquêtes féminines sans se protéger est ainsi davantage exposé au risque d’une contamination qu’un homosexuel qui utilise systématiquement le préservatif. En cette année électorale, les responsables politiques entendront-ils les revendications des militants de Pourquoi Sang Priver, du collectif Homodonneur ou de SOS Homophobie, qui tous réclament la levée de cette interdiction ? Pour son livre paru l’an dernier (Homo Politicus : Politique et homosexualité de 1960 à nos jours), le fondateur et président d’Élus Locaux Contre le Sida, Jean-Luc Roméro, a demandé aux principaux partis politiques français de prendre position sur le sujet. La gauche et le MoDem l’ont assuré de leur volonté de mettre fin à cette exclusion en cas d’alternance en 2012. Encore faut-il que les promesses soient suivies d’effets : en juillet 2006, déjà, le ministre de la Santé Xavier Bertrand reconnaissait que cette disposition ne lui semblait «pas satisfaisante» et promettait qu’elle allait «disparaître». Six ans plus tard, elle est toujours là.

 

Complément

En début d’année, Hétéroclite a consacré deux articles à la problématique du don du sang sur son site Internet. Le premier fait le point sur le sujet en six questions-clefs, le second est un reportage sur l’action menée place de la République, à Lyon, par les membres du collectif Pourquoi Sang Priver le 18 janvier. Retrouvez ces deux articles d’Aurélien Lamy sur www.heteroclite.org, rubrique Actu puis Infos.

sangL’Europe en recours ?

Le 22 mars 2004, une directive de la Commission européenne interdisait le don du sang aux «sujets dont le comportement sexuel les expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang». Beaucoup de gouvernements européens se sont depuis abrités derrière ce texte pour justifier l’exclusion des gays. Mais en septembre dernier, cette interprétation a été réfutée par le commissaire européen à la Santé et la consommation, le Maltais John Dalli, qui a précisé qu’il fallait distinguer «comportement sexuel» et «orientation sexuelle». La Commission européenne a même tenu à rappeler que les États-membres étaient tenus d’appliquer cette directive «dans le respect total de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et notamment de son article 21 qui interdit la discrimination invoquant le motif de l’orientation sexuelle». À la même période, le gouvernement conservateur britannique a annoncé que les gays du Royaume-Uni pourraient désormais donner leur sang… après un an d’abstinence sexuelle (contre dix précédemment). En Italie et en Espagne, en revanche, l’orientation sexuelle n’est pas un critère d’exclusion : gays et hétéros peuvent donner leur sang, à condition toutefois de n’avoir pas changé de partenaire sexuel récemment (six mois en Espagne, quatre mois en Italie). Mais ces deux pays semblent bien isolés : à l’heure actuelle, l’immense majorité des États-membres de l’Union européenne refusent les dons des gays.

_Romain Vallet_

«Pas d’avancée avant deux ans»

Cyril Chevreau, président de l'association Pourquoi Sang Priver, milite pour la levée de l’interdiction faite aux gays de donner leur sang.

Quelle est la genèse de votre engagement ?

Entre dix-huit et vingt-deux ans, j'étais donneur de sang régulier. Dès que j'ai commencé à m'assumer en tant qu'homosexuel, je me suis auto-exclu. En 2008, une connaissance qui faisait partie de GayLib [association LGBT proche de l’UMP, NdlR] m’a assuré que le don du sang était ouvert aux homosexuels et j'ai voulu le constater par moi-même. Mais en remplissant le questionnaire, je me suis aperçu que la question de l'orientation sexuelle était toujours présente et je me suis fait refouler. Furieux, j'ai décidé de monter cette association fin 2008 pour peser auprès des services publics et faire avancer le débat.

Quelles sont vos actions ?

Nous essayons de nous rendre partout où l’Établissement Français du Sang (EFS) mène des campagnes en extérieur, afin de distribuer des tracs, interpeller les passants, les sensibiliser et prendre le temps de discuter avec eux. En quatre ans, nous n'avons pas eu une seule réaction négative de la part des gens. En revanche, il est déjà arrivé que les services de sécurité de l’EFS viennent nous demander de lever le camp, surtout quand notre action était annoncée dans la presse.

Avez-vous subi des pressions de la part de l’Établissement Français du Sang ?

Pas de pressions à proprement parler, mais une certaine hostilité. L'EFS croit que nous voulons perturber les campagnes de don du sang, mais ce n'est pas le cas. Nous n'incitons personne à refuser de donner, bien au contraire. Notre combat consiste non seulement à sensibiliser les gens à cette interdiction, mais aussi à insister sur l'importance du don.

Vous remettez une lettre en main propre à chaque candidat à l'élection présidentielle…

J'ai écrit la même lettre à tous les candidats pour connaître leur position vis-à-vis de l'interdiction, savoir s’ils modifieront la loi et, si oui, dans combien de temps. Pour l'instant, je n'ai reçu aucune réponse, mais je ne suis pas inquiet. Les choses vont certainement se décanter à partir du 16 mars, après le dépôt des candidatures. Tous les candidats que j'ai rencontrés ont été très courtois, à gauche comme à droite. Nicolas Dupont-Aignan [candidat souverainiste de Debout la République, NdlR] m'a même fait part de son étonnement quant à cette interdiction. Le fait qu'il prétende ne pas être au courant ne m'a pas surpris, car c'est une réaction courante, même chez les personnalités politiques. Mais j'ai appris qu'en décembre dernier, une question sur l'interdiction du don du sang aux homosexuels avait été posée en son nom à l'Assemblée nationale à la secrétaire d’État à la Santé Nora Berra. Ce double langage me fait grincer des dents.

Quelles sont vos prochaines actions ?

Depuis les propos du docteur Jean-Pierre Calot le 23 janvier dernier (voir ci-dessous) et la polémique qui en a découlé, l'EFS communique beaucoup plus avec les associations. Le 31 mars, Pourquoi Sang Priver et quatre autres associations vont rencontrer à Paris Gérard Tobelem, le président de l'EFS. On sent que les choses avancent petit à petit, que le dialogue se noue. Malgré tout, il ne faut pas se leurrer, l'autorisation ne viendra pas tout de suite. Je pense qu'il faudra attendre encore environ deux ans pour que les choses évoluent réellement.

Votre combat orientera-t-il votre vote aux élections présidentielles ?

En tant que président de Pourquoi Sang Priver, je dissocie mes convictions personnelles et politiques de mon combat de militant associatif. Je suis membre depuis plus d'un an de GayLib, dont j'ai rejoint en janvier le conseil d'administration et le bureau en tant que chargé de mission sur les questions de santé. J'attendais donc beaucoup du candidat Nicolas Sarkozy. Mais, au vu de ses prises de position rétrogrades sur les droits des homosexuels, je ne me vois pas voter de nouveau pour lui.

_Propos recueillis par Aurélien Lamy_

Les propos du bon docteur Calot

Le 23 janvier, le site d’information local toulousain Carré d’info interroge le docteur Jean-Pierre Calot, chef de service des prélèvements pour la délégation Pyrénées-Méditerranée de l’Établissement Français du Sang, au sujet de l’interdiction de don du sang qui s’applique aux homosexuels. Une interdiction que ce dernier justifie en estimant qu’«un vagin est fait pour avoir des rapports sexuels, un anus n'est pas fait pour ça». Avant d’ajouter : «celui qui est dangereux pour nous, c'est l'homme normal, marié, père de famille et qui a de temps en temps un rapport avec un travesti. L'homosexuel, le vrai, n'a pas de rapport avec un travesti car il n'aime pas les femmes et encore moins les ersatz de femmes». Ce médecin a été immédiatement désavoué par sa hiérarchie, qui s’est excusé «auprès de toutes les personnes touchées par la grossièreté du docteur Calot» avant de le suspendre de ses fonctions trois jours plus tard.

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Par pourquoi-sang-priver - Publié dans : dans la presse
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  • : Pourquoi Sang Priver est une association loi 1901 qui a pour but de faire réintégrer les homosexuels dans le parcours transfusionnel. en exigeant l'application stricte de la circulaire Européenne 2004/33/CE (annexe 2.2.2.) qui recommande de parler de comportements à risque et non comme c'est le cas aujourd'hui de populations à risque. Alors que les besoins sont croissants. Ensemble faisons que dans le Pays des Droits de l'Homme on cesse enfin la discrimination dans l'intérêt Général
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